Foire aux questions

L’association Evi’dence est partenaire de l’administration pénitentiaire depuis de nombreuses années à travers une activité de médiation par l’animal en milieu carcéral.
Dans le but d’échanger en permanence sur nos pratiques en milieu carcéral, de créer un partenariat dynamique avec les institutions,les partenaires,  de préciser sans arrêt les besoins spécifiques de ce milieu, nous ouvrons sur notre site internet, une rubrique « Questions-réponses ».
A partir des questions que vous pourriez encore vous poser au sujet de cet accompagnement particulier avec des animaux, nous vous assurons une réponse sous forme d’apports de contenus théoriques, réflexions, pratiques expérientielles, exemples concrets, témoignages, etc..
Mieux comprendre cette activité, contribuer à la développer au plus près des besoins des établissements et des détenus, créer une dynamique d’échange autour de la relation homme-animal au sein du milieu carcéral, créer un partenariat basé sur la transparence et l’échange sans jamais altérer la relation spontanée qui se crée entre l’homme et l’animal, seront les objectifs de cette rubrique.

Nous souhaitons vous inviter à poser vos premières questions en utilisant le formulaire en bas de cette page.

Nous nous ferons un plaisir d’y répondre dans un délai raisonnable.

Marie Thérèse 
Intervenante en médiation animale
Association Evi’dence

1. Qu’est ce que l’on attend du chien par exemple, qu’est-ce qu’il est censé faire ?

Cette question est récurrente et pose d’emblée le décor de la médiation par l’animal, tel qu il peut être perçu.
En effet, cette question laisse supposer qu’il y a obligatoirement une mission à remplir pour l’animal, un objectif défini pour lequel l’animal est utilisé. Or il en va du contraire ; un des principes fondamental de la médiation par l’animal est de ne jamais altérer, ni détourner, ni falsifier la relation qui s’instaure entre l’homme et l’animal.
Ainsi, la réponse pourrait s’intituler « on attend du chien qu’il se comporte comme un chien en présence d’un humain », avec tout le naturel, la spontanéité, l’absence de jugement dont les animaux font montre.
Si par contre, l’animal est trop dressé, utilisé, censé agir selon des directives enseignées, il perd de son naturel et le détenu ne fera pas l’expérience d’une rencontre désintéressée, sincère et non jugeante.
Cela inclut le fait que l’animal peut avoir quelques défauts, ne pas être parfait selon le sens commun, mais être vrai, unique, avec ses défauts et ses qualités.
Le détenu fera alors l’expérience du respect des caractéristiques de chacun, sans attentes, sans déception. Lui-même pourra se montrer sans fards, et envisager ses points forts et ses points à améliorer dans la relation à l’autre.

2. Est-ce que l’animal se rend compte qu’il est en prison ?

L’animal ne fonctionne pas selon des concepts comme les humains. Par exemple, le concept d’hier et demain sont des concepts humains, l’animal vit le moment présent.
De fait, le concept de la prison lui est étranger. Pourrait il se rendre compte de la nature même d’un établissement pénitentiaire et de ses occupants ? Non. Sait il que les détenus purgent une peine suite à un délit, Non. Ils sont en présence d’un être humain dans un contexte que nous qualifions de particulier mais que l’animal ne considère pas forcément comme différent de l’extérieur.
Pour autant, le bien être animal pendant l’activité en détention reste une préoccupation majeure pour l’intervenant. L’observation des signes d’apaisement d’un chien par exemple, nous renseigne sur son état émotionnel et apprend au détenu à respecter ces signes.
Un chien peut ne pas apprécier le bruit des lourdes portes en fer par exemple, non pas parce que c’est une porte de prison, mais parce que l’ouïe du chien est autrement plus développée que la nôtre : il perçoit des ultra sons et des bruits de très faible intensité, ce qui le rend particulièrement sensible aux bruits environnementaux. (Clefs, portes, écho des coursives, pas, éclats de voix, etc…)

3. Qu’est ce qui nous distingue des animaux ?

A priori, l’homme est un animal, un mammifère, qui se distinguerait par sa capacité à « imaginer des scenarii emboités et le besoin de partager ses pensée ». Il a aussi une capacité à anticiper le futur, qui lui serait propre. Il exprime sa pensée par le langage. Il a et exprime des émotions.
Depuis environ 25 ans, les animaux ont changé de statut juridique, philosophique et scientifique. Depuis février 2015 le législateur à introduit dans le Code civil, via l’article 515-14, le fait que les animaux sont des êtres sensibles.
Ainsi, les  émotions primaires (joie, surprise, dégoût, tristesse, peur, colère), se retrouvent chez l’animal de compagnie.
De nombreuses recherches sont menées sur le comportement des animaux, leurs aptitudes particulières et celles communes aux humains ( ouie, odorat, awarness, socialisation, etc..).
Cependant, ce serait bien la pensée humaine qui distinguerait vraiment l’homme de l’animal et qui lui permet d’être considéré comme « supérieur » à l’animal.

Très récemment, on retrouve une étude américaine dont je mets un extrait ci après et qui nous montre que les animaux n’ont pas fini de nous étonner :

« Malgré leur cerveau minuscule, les guêpes à papier possèdent d’étonnantes capacités d’apprentissage et de mémorisation. Elles sont également capables de faire des distinctions sociales entre leurs congénères. Dans une nouvelle étude, des chercheurs américains, qui étudient ces insectes depuis plus de 20 ans, montrent qu’elles peuvent aussi former des concepts abstraits.

La capacité d’abstraction est peu répandue dans le monde animal – en particulier les concepts abstraits de similitude et de différence. Des espèces sont capables de distinguer une chose essentielle d’une autre (reconnaître le cri de leur progéniture parmi d’autres, ou distinguer un aliment comestible d’un aliment toxique). En revanche, établir des ressemblances et des différences dans diverses situations, nécessite de faire appel à des règles abstraites. Peu d’animaux en sont capables, hormis les primates et quelques autres animaux réputés pour leurs niveaux élevés de sophistication cognitive (notamment les corvidés, les pigeons, les perroquets ou les dauphins). La guêpe à papier s’ajoute désormais à la liste. » (réf : https://www.science-et-vie.com/nature-et-enviro/guepe-capable-abstraction-90345.html)

4. Quel animal pour quelle médiation ?

Cette question est récurrente et arrive parmi les premières questions que se posent les personnes lorsqu’ils réfléchissent à la médiation par l’animal.
Il est clair que le chien et le chat sont les animaux les plus connus, les plus « communiquants », les plus à même d’établir une interaction positive avec une personne détenue en prison. De fait, revoir un chien en détention, alors même qu’il représente la vie à l’extérieur, celle là même qui a été perdue et celle que l’on espère retrouver, constitue un moment à part dans la détention.
Pour autant, les rongeurs ( lapins, cochon d’inde, rats, chinchillas,..) permettent d’élargir le champ de connaissances autour des espèces animales, et de découvrir d’autres êtres vivants avec leurs besoins propres.
Par ailleurs, être en contact avec des animaux « que l’on aime » et des animaux qu’à priori « on aime moins », permet de faire tomber les à priori, bousculer les connaissances, et expérimenter le respect d’un autre animal, différent, particulier, et par extension un autre être humain, différent, particulier.
Il n’est donc pas question, en médiation par l’animal, de « choisir » l’animal mais plutôt de proposer une rencontre entre êtres vivants de différentes espèces, êtres humains y compris…

5. Quels thèmes aborde t’on en séance de médiation par l’animal

La présence de l’animal provoque dans les premières séances un échange autour de cet animal : l’espèce, les habitudes, l’habitat, la morphologie, l’élevage s’il y a lieu, etc…on pourrait dire que les premiers échanges sont issus de l’observation, la confrontation aux croyances ou à l’expérience du détenu, l’apport d’éléments nouveaux ou résultats de la recherche.
Puis, les comparaisons peuvent arriver, et étendre le champ de la discussion aux animaux de la famille, des amis ou du voisinage, ou encore d’une émission télévisée.
D’autres thèmes sont vite abordés comme la notion de famille, de clan, d’appartenance, d’acceptation ou de rejet, de « bouc émissaire », « d’oiseau de malheur », de « brebis galeuse », de « chien enragé », « les chiens ne font pas des chats », etc..
Les croyances sont énoncées, se heurtent aux résultats de la recherche, nécessitent d’accepter la controverse, de respecter l’avis de chacun, de vérifier ses sources avant d’affirmer quoi que ce soit.
La notion d’obéissance et ses conditions sont revisitées. Il y a façon et façon d’éduquer. Que veut dire dresser un animal ?
La notion de punition voire de châtiment nécessite des reformulations, des exemples, l’apport d’expériences nationales et étrangères.
Le respect des besoins de l’animal : si le chien ce jour là ne cherche pas l’interaction, comment réagit la personne ? A-t-il conscience des signes qu’envoie l’animal, les respecte t il ? Pourquoi ? Si oui ou si non, Est-ce un comportement habituel ? Pourquoi ?
En réalité, les thèmes sont nombreux et variés.

6. Le rapport à l’animal

Tout comme à l’extérieur de la prison, le premier niveau de rapport à l’animal, en détention, peut spontanément s’orienter vers « j’aime » ou « je n’aime pas ».

Certains « aiment » les chiens, chats, lapins mais « n’aiment pas trop » les autres rongeurs, ou oiseaux, ou araignées.

Souvent « je n’aime pas » est associé à « je ne connais pas ». Cette prise de conscience d’un jugement arbitraire à partir d’une méconnaissance va porter leur attention sur leur façon d’entrer en communication en général, avec les êtres vivants, et va constituer la base d’un autre niveau de discussion et d’échanges, plus posé, plus réfléchi, moins jugeant à priori.

La séance de médiation par l’animal  permettra ainsi au bénéficiaire de  mieux se connaitre. D’ailleurs, certains détenus qualifient les séances d « étonnantes » et « interessantes » . En effet, là où ils pensaient « simplement » croiser un animal, ils ont découvert une facette de leur personnalité, une croyance erronée, un comportement inadéquat en société, une émotion cachée, une peur inavouée,une expérience marquante qui a déterminé un comportement, etc…

Il peut s’agir également d’évoquer et analyser ces croyances et les comportements associés à ces croyances.

 

7. La séance de médiation par l’animal comme un voyage ?

Si l’on admet qu’une séance peut s’appréhender sans but précis, sans enjeu majeur, force est de constater que chaque intervention est un voyage..
En effet, que dire de ces séances où nous réalisons le « voyage » entrepris, le « chemin » emprunté, les « mondes » traversés, les « univers » échangés, à partir d’un point de départ qui est l’animal et cette relation triangulaire animal-intervenant-personne incarcérée.
Aller là où l’inspiration nous mène, là où la préoccupation du jour peut s’exprimer, rebondir sur une idée qui fera le lit de la suivante, insister là où l’on se rejoint le plus ou là où le désaccord demande à être partagé voire là où la controverse anime l’échange, apprendre, découvrir, explorer, exprimer l’émotion tout en y incluant un animal.
Bien souvent, la fin de la séance signera la diversité et la richesse des partages, l’apport pédagogique, le côté « humain » que fait émerger l’animal, le « moment » particulier qui a été vécu.
Cela suppose que la personne détenue trouve un espace d’expression spontanée, qui le replace dans sa condition d’humain, d’être « vivant » en face d’autres êtres vivants, sans rien à prouver, rien à cacher, rien à surjouer.

Se reconnecter à des « moments » « comme dehors », spontanés, « libres » permet de se rappeler qui l’on est et pas seulement ce que l’on a été, ce que l’on a fait ou ce que l’on est censé faire ensuite.
La vie extérieure aussi est ponctuée de « moments » qui redonnent de l’énergie, rappellent qui l’on est, confortent nos choix, remettent du sens dans nos parcours.
La médiation par l’animal, peut, à certains égards, favoriser à l’intérieur d’une prison, ce type de moments qualitatifs.

 

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